Geneviève Québriac
Ma démarche artistique
Regarder ce qui nous entoure, travailler avec le réel et prendre en compte le matériel du quotidien sont au cœur du processus que j’engage.
Mon travail s’inscrit dans une recherche sur le matériel identitaire propre à notre contemporanéité. J’observe l’espace urbain, sur urbain, les médias et les attitudes et habitudes des gens en ville. Cela me permet d’identifier et de repérer des identités récurrentes qui ponctuent ou traversent l’espace urbain. J’interroge la capacité de ce matériel identitaire à résonner sur le collectif et à induire des pratiques comportementales communes ou singulières.Ma pratique devient le lieu d’une expérience du voir et de la rencontre avec les signes tels que les logotypes. Manipulés, décomposés, recomposés, très usités ou de notoriété plus locale, je les détourne et propose une mise à distance en recherchant une certaine poétique du signe, de la forme et de la couleur. J’interroge les identités propres à notre société et mets en forme des objets qui s’inscrivent dans un rapport avec la quotidienneté.
Ce que nous achetons participe à la fabrication d’une image sociale et à la construction d’une identité. La transition du lieu de vente vers l’espace privé s’effectue par l’utilisation de sacs siglés, colorés, parfois neutres. La série des Imperméables naît de la rencontre entre l’acquisition utile ou consommatrice de biens et la collecte de sacs plastiques d’emballage.
Leur présence et leur utilisation sont au coeur d’une réflexion contemporaine sur la société et ses enjeux économiques, politiques et sociaux. Le marchandising utilise ces « moyens » de transport pour véhiculer une identité « hors les murs», il s’agit d’une sorte de traceur. Mais qu’en faisons-nous ensuite ? Nous les jetons, les réutilisons, les recyclons, les stockons, les oublions.
La série des Imperméables, est un travail de fabrication de vêtements qui ne sont pas prévus pour être portés mais pour être suspendus. Les Imperméables sont en attente, vides de tout corps ils en font l’écho mais n’appellent pas sa présence. Entre sol et plafond, ils dansent imperceptiblement au gré des courants d’air. Du plus petit modèle au plus grand, ils flottent dans l’espace d’exposition.
Sortis de leur contexte commercial, les sacs sont mis en relation par la pratique du patchwork. Ils deviennent matière, matériau, couleurs et permettent la fabrique d’une image de la société contemporaine. Ils ne sont plus les vecteurs mobiles d’une identité singulière mais s’articulent les uns avec les autres. Les logotypes masqués, tronqués ou hybridés par des opérations de découpe ou de couture retrouvent leur qualité de signes typographiques.
Les Imperméables ne sont ni dans le déni, ni dans le rejet, ni dans l’accusation, ils sont à mi parcours entre présence et absence.
Leur danse silencieuse est un constat poétique sur des usages du quotidien. Ils sont autant de reflets d’identités personnelles et collectives qui se rencontrent et se travaillent mutuellement.Un autre volet de ma pratique la Tente Imperméable questionne le thème de l’habitation éphémère et de la recherche d’un espace de protection. Il résulte cette fois de la combinaison de drapeaux publicitaires évènementiels eux-mêmes à durée ponctuelle. A mi-corps le vêtement devient tente ou cape protectrice.
Situer les marqueurs dans le monde de l’art suppose de rompre les codes et les normes propres à la transmission d’une information, d’une identité pour faire acte de résistance. J’entre dans un questionnement herméneutique, dans une lecture sensible et poétique des contenus, voire des matériaux, et j’observe la posture du spectateur face au dispositif.